Le service Moneytis

Interview exclusive des co-fondateurs d’une start-up blockchain

Envoyer de l’argent à l’étranger se fait aujourd’hui au prix d’une commission moyenne de 7.5%. Un montant qui a poussé Moneytis à proposer un service de comparaison en temps réel des solutions de transfert d’argent: la start-up compare les prix et permet d’effectuer ces transferts directement depuis sa plateforme, exactement comme Booking.com procède aujourd’hui pour les nuitées d’hôtels.

Nous avons rencontré Christophe Lassuyt et Etienne Tatur, co-fondateurs de Moneytis, pour qu’ils nous présentent leur service et leur vision de l’écosystème blockchain en France et dans le monde.

Blockchain France : Comment vous est venue l’idée de créer Moneytis ?

Christophe Lassuyt : J’étais en Asie, et je devais réaliser des transferts d’argent. Entre les difficultés liées à l’opacité des processus, le tracking, le coût, la rapidité d’exécution… On s’est dit qu’il devait y avoir un moyen plus simple et moins cher.

Nous avons donc cherché des solutions, et la plus pertinente que nous avons trouvée consistait à passer par la blockchain, en utilisant le bitcoin. Pour que tout le monde puisse profiter de cette solution, nous avons décidé de la généraliser.  Concrètement, nous avons commencé par comparer toutes les solutions pour transférer de l’argent (blockchain comprise) pour identifier la moins coûteuse. Nous avons créé la société en mars 2015 et attendons l’année 2016 avec impatience.

Blockchain France : Que proposez-vous à vos utilisateurs ?

Christophe : Nous souhaitons devenir le Booking.com des transferts d’argent : nous fournissons des informations transparentes en temps réel sur les solutions disponibles, et permettons d’effectuer le transfert via notre site. Parmi les solutions proposées, la blockchain permet toujours d’économiser de l’argent, mais nous avons étoffé notre offre avec d’autres solutions plus classiques car le client a parfois d’autres exigences que le coût (rapidité du transfert, besoin de cash…). Aujourd’hui nous avons des dizaines de partenaires et sommes proches de proposer un service complet.

Blockchain France : En quoi la blockchain est-elle un atout pour votre service ?

Etienne Tatur : La blockchain possède plusieurs avantages clefs. Elle est d’abord beaucoup moins chère à utiliser pour des transferts d’argent, en particulier si la liquidité est importante. En effet, une grande liquidité permet d’avoir des spreads faibles (différences entre prix achat et prix vente d’un token) et ainsi de garantir la performance des conversions entre euro (ou autre monnaie) et token. Nous mettons donc en avant la solution blockchain essentiellement pour des transferts se réalisant dans des pays où la liquidité est bonne.

Le service Moneytis
Le service Moneytis ; les services gérés par Moneytis sont entourés en vert. BC = blockchain. Explications plus détaillées à la fin de l’article.

Mais il y a un autre avantage à utiliser la blockchain. A l’inverse du système financier traditionnel, très lourd et opaque, composé d’une centaine de géants opérators, la technologie blockchain permet l’existence d’un système sur lequel une multitude de PME vont se plugger, ce qui leur permettra d’interagir les unes avec les autres. Les possibilités de partenariat deviennent plus simples.

Blockchain France : Quelles crypto-monnaies utilisez-vous ?

Etienne : Nous utilisons essentiellement 3 ou 4 cryptomonnaies. Le bitcoin est celle qui est la plus répandue aujourd’hui car elle dispose de la plus grande quantité de liquidités. Nous utilisons également l’ether d’Ethereum, qui se développe de plus en plus.

Par ailleurs, nous observons avec attention le création du consortium R3CEV, dont l’objectif serait de remplacer des protocoles comme Swift afin de réaliser des transferts d’argent via une blockchain privée (voir notre article sur les banques et la blockchain).

Blockchain France :  Le bitcoin peut-il être supplanté par une autre cryptomonnaie ?

Etienne : C’est un avis personnel : le bitcoin est là depuis longtemps et il dispose de bases solides qui lui permettront d’être encore là pour un moment. Ce qu’on lui reproche peut être réparé : les problématiques de blanchiment d’argent pourraient par exemple être résolues par des mécanismes mis en place par les banques. Par ailleurs, d’autres cryptomonnaies intéressantes pourraient se brancher sur le bitcoin via des sidechains.

Christophe : C’est un pari, mais si quelqu’un en qui on croit – un Gandhi, un Nelson Mandela – sort un coin qui inspire suffisamment la confiance, on pourrait imaginer qu’il remplace le bitcoin. Quoi qu’il en soit, le bitcoin n’est pas associé à une personnalité, il n’est pas représenté. On ne peut donc pas attaquer un quelconque représentant.

Il est cependant préférable d’avoir une diversité de blockchains, et de ne pas tout mettre sur le bitcoin. C’est toujours bien d’avoir plusieurs systèmes afin de garantir une forme de diversité et de pouvoir les faire interagir entre eux.

Blockchain France : Quels seront les premiers secteurs impactés par la blockchain selon vous ? Et ceux qui le seront le plus, à terme ?

Etienne : Je pense à 3 secteurs.

Le premier est lié à l’identification d’une personne. Il est aujourd’hui très dur de prouver qu’on est telle ou telle personne. On pourrait mettre des diplômes ou des papiers dans la blockchain et ainsi montrer la date à laquelle ça a été fait, authentifier les documents etc.

Le deuxième, c’est tout ce qui relève de la preuve matérielle : preuve qu’on possède cette maison, preuve qu’on possède une voiture, via une nouvelle forme de notariat et de gestion des actes de propriétés. Je pense notamment à Factom qui réalise déjà ce genre de services.

Le troisième,  c’est la fintech, et le monde bancaire parallèle qui se construit en ce moment sur la base des crypto-monnaies. Ce serait possible de faire des micro-paiements (5 centimes sur youtube)

A long terme cependant, je pense que le secteur qui sera le plus impacté sera celui de l’Internet des Objets. Le fait que deux objets puissent communiquer entre eux est une révolution.

Blockchain France :  Que pensez-vous de l’écosystème blockchain en France ? Comment pourrait-on accélerer son développement ?

Etienne : Beaucoup de portes nous ont été fermées parce qu’on parlait de blockchain et de bitcoin… Il faut absolument changer l’état d’esprit actuel en France autour de ces technologies, et vulgariser le sujet.

Christophe : Quand on compare la France à certains autres pays, c’est peu flatteur. Ces derniers mois, nous sommes allés à Genève, Mexico, Miami, Amsterdam (où nous travaillons actuellement dans l’accélérateur ING), et partout le dynamisme se ressent. La Hollande est très ouverte, en croissance, de nouvelles startups se créent chaque semaine dans la fintech et la blockchain.

Paris est pour l’instant beaucoup plus fermée. Pas les startups, bien au contraire, qui sont souvent très talentueuses et dynamiques, mais les organisations. Les aides et services censés être innovants ne sont pas à la hauteur, les événements sont souvent payants…

Les rouages ne sont pas encore adaptés. Par exemple, 90% de nos partenaires fintech sont à Londres…

Mais nous avons confiance. Il y a des événements, des startups, des initiatives comme les fundtrucks, le repas du coin ou certains accélérateurs, qui encouragent et dynamisent l’écosystème français. Beaucoup d’initiatives privées émergent, mais le système n’est pas encore préparé.

A Paris plus spécifiquement, il y a par exemple des espaces de coworking et c’est génial. Il y a une “Rue fintech” au Sentier. Des corporates comme AXA se lancent aussi dans l’aventure comme le démontre l’activité de Florian Graillot. Tout cela peut donner une impulsion. Mais le soutien des pouvoirs publics est nécessaire, et pour l’instant quasiment absent.

Propos recueillis par Claire Balva, pour Blockchain France


Explications plus détaillées du schéma présenté plus haut :
–   C’est au niveau du “BC exchange account” que la conversion a lieu (EUR vers token). C’est aussi à ce niveau que le “spread” (différence entre prix achat et prix vente d’un token) doit être le plus faible possible afin de garantir les performances. La liquidité permet d’avoir des “spread” faibles.

–   Entre le “BC exchange account” côté envoi et le “BC exchange account” côté réception, il peut y avoir un “décalage de marché” ; c’est une différence de prix entre un marché et un autre.

– Du “BC Exchange account” côté envoi jusqu’au “BC Exchange account” côté réception, toutes les opérations ont lieu en quelques minutes et l’exposition à la volatilité du token est très limitée.

 

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