Interview exclusive de Richard Caetano, co-fondateur de Stratumn

C’est dans l’ambiance conviviale d’un café parisien que nous rencontrons Richard Caetano, entrepreneur et développeur américain vivant à Paris. En 2011, il découvre le Bitcoin et se rend compte du potentiel de la technologie. En Septembre 2015, il co-fonde Stratumn avec François Dorléans, afin d’aider les développeurs à adopter la révolution Blockchain, et à l’amener au public et dans les entreprises.  

Nous avons pu lui poser quelques questions sur Stratumn et sur sa vision de la blockchain.

Blockchain France : Comment en êtes-vous venus à l’idée de Stratumn?

J’ai commencé à travailler en freelance dès 2008 – 2009. Et c’est en 2011 que j’ai découvert le Bitcoin. J’ai été vraiment sous le charme de la technologie et fasciné par son potentiel. Dans le même temps, j’ai pu constater qu’il y avait peu d’informations accessibles à ce sujet. J’ai donc lancé btcReport, une application mobile qui agrège de multiples informations à propos de cette technologie afin d’éduquer le public.

Au début de l’été 2015, alors que je travaillais sur mon livre Learning Bitcoin (Apprendre le Bitcoin), je développais ma compréhension de la blockchain. Durant l’été, je me suis dit qu’il fallait permettre aux utilisateurs finaux d’utiliser la blockchain et les smart contracts grâce à une interface simple et accessible.

Richard Caetano Stratumn
Richard Caetano, CEO Stratumn

C’est en Septembre que François, que j’ai rencontré en Juin ou Juillet à l’occasion d’une intervention pour un think tank politique, et moi-même lançons Stratumn. Depuis j’ai convaincu Stéphane (Florquin, ndlr) et Sébastien (Couture, ndlr), que je connais depuis déjà quelques années, de nous rejoindre sur ce beau projet.

Blockchain France : Quelle est votre proposition de valeur, et pour qui?

Nos clients, ce sont les développeurs de tous types : indépendants, petites et grandes entreprises, think tanks, banques… A long terme, nous voulons construire des templates, des modèles, qui seront très faciles d’accès et d’utilisation, même pour les développeurs qui découvrent la blockchain.

Ce que nous voulons donc, c’est enlever toutes les barrières à l’entrée de la blockchain.

Ce que nous voulons donc, c’est enlever toutes les barrières à l’entrée de la blockchain, c’est à dire premièrement la “scalability”, la capacité à croître de manière exponentielle limitée par la taille des blocs, deuxièmement les ressources et le maintien de l’infrastructure, et enfin l’appréhension du sujet, qui évolue à une vitesse inimaginable.

Pour ce faire, nous créons notre propre environnement privé, avec notre propre protocole Chainscript,  auquel les développeurs se connecteront, dans une approche “plug & play”, ce qui leur permettra d’accéder à la puissance de la blockchain sans avoir besoin de la maitriser complètement.

Logo StratumnNotre grille tarifaire sera établie dans le même idéal d’accessibilité, avec des premiers prix autour de 10€/mois pour une petite application. Nous espérons vraiment démocratiser l’accès à la blockchain.

 

Blockchain France :  Pensez-vous que le Bitcoin puisse être remplacé par une autre crypto-monnaie?

Bitcoin est une technologie. La crypto-monnaie et la blockchain sont inséparables en tant que tel.

L’existence même du bitcoin résulte d’un équilibre très complexe entre trois facteurs : un technologique, un économique et un social.

En fait, l’existence même du bitcoin résulte d’un équilibre très complexe entre trois facteurs : un technologique, un économique et un social.

Le facteur technologique représente la blockchain en elle-même, le protocole, la puissance de calcul nécessaire et disponible, la capacité de stockage etc. Le facteur économique fait référence aux incitations à miner : miner rapporte de l’argent, c’est pour cela que les mineurs existent. Enfin le facteur social représente le phénomène social qu’est Bitcoin : il y a un effet de réseau. Je veux pouvoir dépenser mes bitcoins. Plus il y a de personnes utilisant le bitcoin, plus la valeur du bitcoin augmente.

On comprend très rapidement qu’enlever l’un de ces trois aspects ferait tout s’écrouler : sans technologie, pas de blockchain. Sans incitation à miner, pas de vérification. Sans utilisateurs, pas de valeur. L’équilibre trouvé par Bitcoin n’est pas sous le contrôle de quelqu’un. Il n’est pas réplicable à volonté. En ce sens, il est vraiment unique et exceptionnel.

Enlever un de ces trois aspects ferait tout s’écrouler : sans technologie, pas de blockchain. Sans incitation à miner, pas de vérification. Sans utilisateurs, pas de valeur.

Par conséquent, nous ne pouvons pas savoir si quelque chose pourra remplacer Bitcoin. C’est possible, mais cela prendrait un temps considérable de reconstruire cet équilibre.

Stratumn parie sur les deux possibilités : que Bitcoin soit la cryptomonnaie unique ou à défaut dominante, ou bien que de multiples autres apparaissent et se développent.

Blockchain France : Vous pariez donc aussi sur les blockchains privées ?

En fait, sur une blockchain, il existe ce que j’appelle le “Decentralized Dilemma” (dilemme de décentralisation). Il faut un réseau et un seuil critique d’utilisateurs pour qu’une blockchain fonctionne. Tant que ce seuil n’est pas atteint, il s’agit simplement d’une multiplication d’acteurs auxquels il faut faire confiance. Et on ne peut pas “forcer” une décentralisation. Elle doit émerger.

Il faut un réseau et un seuil critique d’utilisateurs pour qu’une blockchain fonctionne.

Mais les entreprises n’ont besoin que de “semi-confiance” afin d’amorcer ce changement de paradigme de pensée, afin d’abandonner cette posture défensive que nous adoptons instinctivement dans tous nos échanges et qui fait naître ce besoin d’intermédiaires.

Nous pouvons donc nous appuyer sur un réseau d’intermédiaires de confiance qui aurait accès à la blockchain et à la validation des transactions, et chacun des noeuds de ce réseau pourrait être contrôlé par des noeuds d’audit. L’avantage majeur, bien que l’on garde une part d’intermédiation, serait que personne ne contrôle vos données.

Blockchain France : De manière plus générale, quels seront selon vous les secteurs impactés par la blockchain?

Le premier à être impacté sera le secteur bancaire et de la finance (voir notre article sur le sujet). Non seulement il sera le premier mais je pense qu’il sera aussi le secteur le plus impacté sur le long terme. La blockchain permet de réduire 80% de l’inefficacité du système bancaire actuel. Grâce à cette technologie, la banque ne sera plus jamais la même. On observera prochainement une obsolescence massive du travail des intermédiaires dans ce secteur.

Deux […] secteurs me viennent à l’esprit principalement : la santé et les gouvernements.

Mais deux autres secteurs me viennent à l’esprit principalement : la santé (voir notre article) et les gouvernements. Je pense pour les gouvernements notamment à la capacité de la blockchain à révolutionner la démocratie, les titres, la propriété, le cadre légal…

Blockchain France : Quelle application de la blockchain vous fascine le plus?

Toujours le bitcoin, qui a des applications globales. 3,5 milliards de personnes n’ont pas accès au système bancaire par exemple. Le bitcoin est une solution pour eux. De manière générale, le bitcoin représente le libre-commerce, qui lui-même apporte la paix. Je croix qu’il serait un euphémisme de dire que le pouvoir des citoyens émane de leur argent.  Aujourd’hui, ils peuvent décider d’un monde plus transparent, où l’information ne serait plus asymétrique. Le bitcoin peut disrupter n’importe quelle industrie.

Blockchain France : En temps qu’américain installé en France, que pensez-vous de l’écosystème blockchain français ? Comment pourrait-il être développé?

Mon expérience chez Paymium en 2011 – 2013 m’amène immédiatement ceci à l’esprit : Il est très difficile de travailler avec une banque lorsque l’on parle de bitcoin et de blockchain. Il y a un rejet initial automatique.

Quand je parle de bitcoin en France, la première chose que j’entends c’est “C’est la drogue, l’argent sale, le terrorisme…”. Il y a beaucoup de ré-éducation à mener.

Quand je parle de bitcoin en France, la première chose que j’entends c’est “C’est la drogue, l’argent sale, le terrorisme…”. Il y a beaucoup de ré-éducation à mener. La technologie est neutre, c’est les gens qui s’en servent qui sont parfois critiquables. Le dollar finance tout aussi bien, même mieux, la drogue et le terrorisme. Dit-on pourtant que le dollar est mauvais intrinsèquement ?

Il faut faire prendre conscience au public que le bitcoin et la blockchain ne sont pas le problème, mais bien la solution. Il est en effet facile de suivre les traces de transactions effectuées sur une blockchain . De ce fait, et contrairement aux idées reçues, le bitcoin peut contribuer à lutter contre  le terrorisme.

Nous avons besoin du soutien du gouvernement car les start-up du secteur sont coopératives et conscientes des risques. Elles veulent et demandent un cadre légal, une régulation précise et claire. Cela serait un signal positif à tout l’écosystème.

Les pouvoirs publics doivent aussi prendre conscience de la nécessité d’éduquer sur le sujet. Nous avons besoin d’une approche raisonnable de la blockchain.

Les pouvoirs publics doivent aussi prendre conscience de la nécessité d’éduquer sur le sujet. Nous avons besoin d’une approche raisonnable de la blockchain, et non braquée, anarchiste ou conservatrice.

Blockchain France : Que diriez-vous à ceux qui découvrent la blockchain et veulent se renseigner?

Creusez et cherchez à comprendre ce qu’est vraiment la blockchain. Il n’y a qu’ainsi que vous […] pourrez construire les nouveaux paradigmes de société de demain.

Ayez conscience, et faites bien la distinction entre la “hype” et le réel, au risque de faire face à une désillusion. Creusez et cherchez à comprendre ce qu’est vraiment la blockchain. Il n’y a qu’ainsi que vous vous rendrez compte de son extraordinaire potentiel et que vous pourrez construire les nouveaux paradigmes de société de demain.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Alexandre Stachtchenko et Claire Balva pour Blockchain France.

3 commentaires

  1. Bonsoir

    Cet article est très intéressant de même que le concept en lui même, il est cependant dommage que le site de la société Stratumn et d’autres vidéos les concernant soient en langue anglaise uniquement….Monsieur Richard Caetano pour inciter les français de tous horizons (investisseurs ou simples utilisateurs comme moi, à comprendre ce nouveau monde et « se préparer au futur » ne serait il pas préférable de parler aussi Français sur votre site, d’autant que vos bureaux sont à Paris?? Pour une révolution il faut que tous se sentent concernés…
    Cordialement

    Aimé par 1 personne

  2. Pas faux.
    Entre recherche de reconnaissance planétaire et communication exacerbée on a parfois l’impression que le français (voire la France) est d’ores et déjà exclu de toutes les révolutions technologiques à venir et n’a donc, de facto, aucun avenir.

    À ce compte-là, il y a des locuteurs, de par le monde, qui doivent se sentir projetés violemment dans le passé.
    Toute révolution se mesure à l’aune de sa démocratisation.

    db

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