Tribune initialement publiée sur Medium.

Un Français sur deux en âge de voter ne s’est pas rendu aux urnes lors du 1er tour des élections régionales. Sur ce nombre, combien ne l’ont pas fait pour des questions pratiques, de mobilité, de temps, de procédure ? La simplicité du vote en ligne, en élargissant la base des votants, permettrait de redonner un sens aux élections. Jusqu’ici décriée pour des raisons de sécurité, cette idée gagne aujourd’hui en crédibilité grâce aux apports d’une technologie révolutionnaire : la blockchain.

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Le vote par Internet revient régulièrement dans les débats autour de l’abstention. Un sondage d’Harris Interactive pour la France publié fin octobre révèle un chiffre impressionnant : 58 % des abstentionnistes lors des précédents scrutins indiquaient qu’ils auraient “certainement” ou “probablement” voté par Internet s’ils en avaient eu la possibilité. Ce chiffre s’élevait même à 79% chez les 18–24 ans.

En Europe, le vote par Internet a déjà été testé avec des résultats très divers. Le Royaume-Uni l’a expérimenté pour des élections locales de 2002 à 2004 puis en 2007 mais y a mis fin en raison d’un manque de sécurité et de contrôle. Les Pays-Bas l’ont testé lors d’élections législatives en 2006 mais l’essai s’est révélé trop complexe et vulnérable aux attaques, et n’a donc pas été reproduit.

Le seul pays d’Europe ayant développé le vote par Internet à large échelle est l’Estonie, pays pionnier et leader en la matière dans le monde. Mais des chercheurs de l’université du Michigan ont prouvé que le système estonien, malgré une avancée incontestable en la matière, présente tout de même des failles de sécurité et une vulnérabilité aux attaques de type étatique.

Ces expérimentations prouvent donc d’abord que les gouvernements sont prêts à tenter l’expérience. Elles démontrent ensuite que le seul frein sérieux à l’établissement de procédures de vote en ligne est l’inquiétude pour la sécurité du vote.

La blockchain: sécuriser le vote en ligne

Une technologie, pourtant, est désormais capable d’apporter cette sécurité : la blockchain. Créée dans le sillage de la crise financière, elle développe depuis maintenant 6 ans son réseau d’utilisateurs. Aujourd’hui, elle commence à se faire connaître aux yeux du grand public. Ce procédé révolutionnaire de stockage numérique et de transmission d’informations s’appuie sur un réseau décentralisé pour s’assurer de la fiabilité de ses transactions.

Au lieu de reposer sur un serveur unique, une blockchain repose sur un très grand nombre de “noeuds” : pour pirater une blockchain et, par exemple, modifier une transaction (un vote, un message), il faudrait prendre le contrôle d’au moins la moitié de ces noeuds. Impossible à envisager s’ils sont suffisamment nombreux.

La blockchain permet ainsi de pallier la fragilité des systèmes de vote en ligne traditionnels en remplaçant le serveur central, impossible à totalement prémunir contre des attaques organisées.

D’ores et déjà, plusieurs initiatives ont commencé à voir le jour pour appliquer la blockchain au vote en ligne : citons ainsi Flux, PublicVotes, ou encore V-initiative. Un des projets les plus prometteurs en la matière est la start-up FollowMyVote, qui propose une plateforme de vote en ligne open-source et transparente, fondée sur une blockchain.

Pour chaque candidat, le système créé un portefeuille. Tous les votants reçoivent ensuite un jeton numérique qu’ils peuvent attribuer au portefeuille -et donc au candidat- de leur choix : on retrouve là certaines caractéristiques du Bitcoin, appliquées au domaine du vote. Le processus est enregistré sur une blockchain publique : le votant peut ainsi vérifier que son vote a bien été pris en compte — ce qui fait justement défaut dans les systèmes de vote électronique traditionnels — tout en étant assuré de son anonymat.

Le vote en ligne ne résoudrait certes pas le problème de l’abstention dans son ensemble. La question de fond, celle de l’offre politique elle-même et de l’adhésion à ceux qui l’incarnent aujourd’hui, resterait à résoudre (des initiatives comme Voxe ou laprimaire.org travaillent à de nouvelles solutions en ce sens).

Mais le vote en ligne, dans une démocratie établie comme la nôtre, permettrait de redonner une légitimité à la politique. Comment un élu pourrait-il se targuer d’être légitime lorsque la moitié des citoyens ne s’est pas prononcée ? Le vote en ligne élargit la base des votants et, de ce fait, donne du sens aux élections. Il lèverait notamment trois contraintes du système de vote actuel.

La première est le coût des élections. Le vote en ligne permettrait, une fois son déploiement effectif, de limiter une partie des lourdes dépenses liées à l’organisation des élections. La seconde contrainte est celle que pose l’actuel système de procuration. Même simplifié, il demeure parfois un véritable parcours du combattant. La troisième est le mode de dépouillement. Aucune étude ou presque ne s’intéresse en effet à la question du dépouillement des bulletins de vote, mais empiriquement nous sommes nombreux à établir la même constatation : la moyenne d’âge des dépouilleurs est élevée, et leur nombre limité. Que se passera-t-il lorsque ces bénévoles ne seront plus là pour assurer cette fonction ? Faut-il parier sur un sursaut civique des plus jeunes générations?

Actuellement, faute de poser réellement ces questions, c’est vers le (non-)choix que l’on semble se diriger, avec les risques qui y sont associés. Or ce n’est pas dans l’urgence qu’il faudra débattre des bienfaits ou des limites du vote en ligne.

Il s’agit d’un véritable choix de société, qui mérite d’être considéré au plus vite car les outils nécessaires à une mise en place efficace et incontestée prendront du temps à être développés.

La technologie ne pourra pas tout, mais elle pourrait s’avérer un allié précieux dans le dépoussièrement d’un système qui semble aujourd’hui, à de nombreux égards, archaïque.

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