Publication d’un rapport majeur sur la blockchain

« La question n’est pas de savoir si cette technologie est en elle-même une bonne ou une mauvaise chose. Les questions sont : quelles applications ? Dans quel but ? Et appliquées de quelle façon et avec quelle sécurité ?»

Le Government Office for Science britannique a publié il y a quelques jours un rapport sur la blockchain, remarquable à plus d’un titre.

Le fait qu’un gouvernement, qui-plus-est d’un pays de premier plan comme le Royaume-Uni, publie un rapport officiel sur le sujet est déjà un signe fort. Mais l’important n’est pas tant là que dans le fait que le rapport se place dans une démarche foncièrement positive et pro-active vis-à-vis de la blockchain.

Le Government Office for Science tient ainsi à déconstruire certains préjugés : « les systèmes de registres distribués ne sont pas aussi incontrôlables que certains pourraient les imaginer. Contrairement à la perception commune, leur architecture sous-jacente permet relativement facilement de tracer les transactions, et d’établir l’identité des personnes qui utiliseraient le système de façon inappropriée».

Sir Mark Walport, le conseiller scientifique en chef du gouvernement, qui a dirigé le rapport, prône ensuite des recommandations relativement audacieuses : « Le Governement Data Service devrait mener un travail au sein du gouvernement en tant qu’utilisateur de registres distribués, et la Digital Economy Unit [rattaché au Ministère de la Culture, des Médias et du Sport] devrait mener un travail sur le gouvernement comme facilitateur de registres distribués ». Une des particularités du rapport en effet est sa façon d’aborder la blockchain sous le prisme d’un « registre distribué », là où la blockchain est souvent cantonnée à “la technologie sous-jacente au bitcoin”.

Le rapport suggère en outre une approche pluridisciplinaire : il appelle en effet à des « mélanges inhabituels de compétences, incluant le besoin de juristes, de mathématiciens, d’experts informatiques pour travailler ensemble », ce qu’on ne peut qu’encourager : la blockchain ne saurait rester entre les mains de développeurs, et doit s’ouvrir à des experts de domaines très divers, ainsi qu’au monde universitaire et étudiant. Sir Mark Walport écrit justement à plusieurs reprises que « le gouvernement doit travailler avec le monde académique » sur le sujet.

De même, le document appelle à « comprendre les implications éthiques et sociales des différentes utilisations potentielles » de la blockchain, ce qui rejoint ce que nous écrivions en octobre dans notre tribune. Par ailleurs, l’échelon local (qu’il soit régional ou municipal) est recommandé comme terrain d’expérimentation – une approche qu’on peut là encore saluer, car elle permet de tester et d’itérer les prototypes blockchains qui verront le jour, avant des usages à plus grande échelle.

De façon plus générale, le rapport recommande plusieurs pistes de travail, parmi lesquelles, outre celles-ci déjà citées ci-dessus, investir dans la recherche sur les registres distribués, réfléchir à la création d’un cadre régulatoire, construire des standards qui assurent la sécurité et la vie privée, ou encore développer plus d’interopérabilité.

La publication du rapport a eu de nombreux échos, dont une tribune publiée dans le Guardian écrite par John Naughton, chercheur à l’université de Cambridge, et qui commence par ces mots : « Il n’y a pas beaucoup d’occasions où l’on peut applaudir sans réserve une initiative du gouvernement, mais celle-ci en est une ».

Analyse :
A quand une prise de conscience similaire, de cette ampleur, de la part du gouvernement français ? La seule initiative publique vis-à-vis de la blockchain, outre celle de la Caisse des Dépôts, consiste en une journée d’information parlementaire le 24 mars organisée dans le cadre de la Commission supérieure du service public des postes et des communications électroniques (CSSPPCE). L’initiative est louable, mais il faut aller plus loin. Cela doit commencer par une prise de conscience forte. La blockchain n’est pas un sujet numérique « de plus » ; elle pourrait provoquer de profondes transformations, à même de marquer directement l’économie et la société dans les prochaines années. Ces mutations à venir doivent guider nos choix dès à présent. Benoît Thieulin, président du Conseil National du Numérique, expliquait il y a quelques jours que la blockchain pourrait faire disparaître les plateformes comme Uber d’ici quelques années, et libérer ainsi les travailleurs dits indépendants de leur dépendance vis-à-vis de ces plateformes. Les enjeux sont considérables, et le rapport du gouvernement britannique le prouve, si besoin en était : il n’y a pas de temps à perdre.

Extrait du rapport :
« Les technologies de registres distribués ont le potentiel d’aider les gouvernements à collecter des taxes, à délivrer des prestations, des passeports, à enregistrer des titres fonciers, à assurer la chaîne d’approvisionnement de produits, et de façon générale à assurer l’intégrité des registres et services gouvernementaux. Pour le système de santé publique, la technologie offre la possibilité d’améliorer les soins grâce à l’amélioration et l’authentification des prestations de services et par le partage de documents en toute sécurité selon des règles précises. Pour le consommateur individuels de tous ces services, la technologie offre la possibilité, selon les circonstances, de contrôler l’accès aux données personnels et de savoir qui les a consultées ».

–> Lire le rapport complet (en anglais)
–> Regarder la vidéo postée en appui du rapport (5mn)

(2 commentaires)

  1. J’avais commenté cela sur le Coin-Coin (https://le-coin-coin.fr/3447-ici-londres/) . L’écart entre nos deux pays est catastrophique. On est noyé sous les proclamations de « république numérique » alors que c’est panne, parlotte et br…

    La « Cercle du Coin » réunit déjà 25 entrepreneurs, blogueurs, développeurs. Fort peu ont été contactés par les autorités qui préfèrent réfléchir, discuter et « décanter » le sujet entre elles. Pendant ce temps, à Londres (et ailleurs) on agit.

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