Smart contracts : définition et applications

Les smart contrats sont des programmes autonomes qui, une fois démarrés, exécutent automatiquement des conditions définies au préalable. Ils fonctionnement comme toute instruction conditionnelle de type « if – then » (si telle condition est vérifiée, alors telle conséquence s’exécute).

Pour illustrer un usage possible des smart contracts, prenons l’exemple des assurances voyage : constatant que 60 % des passagers assurés contre le retard de leur vol ne revendiquaient jamais leur argent, une équipe a créé lors d’un hackathon à Londres en 2015 un système d’assurance automatisé basé sur des smart contracts. Avec ce service, les passagers sont automatiquement indemnisés lorsque leur vol est en retard, sans avoir besoin de remplir un quelconque formulaire, et donc sans que l’entreprise ne doive traiter les demandes. L’apport de la blockchain consiste ici à générer la confiance et la sécurité nécessaires pour automatiser les phases déclaratives sans avoir recours à un tiers.

L’avantage de mettre en place des smarts contracts dans une blockchain réside dans la garantie que les termes du contrat ne pourront pas être modifiés. Un smart contract qui ne serait pas dans la blockchain serait un programme dont les termes pourraient être changés en cours d’exécution.

Les smart contracts permettent de réduire les coûts de vérification, d’exécution, d’arbitrage et de fraude, et sont capables de surmonter les problèmes d’aléa moral. Le cryptographe américain Nick Szabo (dont certains pensent, par ailleurs, qu’il serait l’individu derrière le pseudonyme Satoshi Nakamoto, inventeur du Bitcoin) est considéré comme l’inventeur du concept, dont il avait parlé dès 1995. Il avait alors notamment donné l’exemple d’une voiture louée, dont le smart contrat pourrait redonner automatiquement le contrôle du fonctionnement de la voiture au loueur si le locataire omet de faire des paiements à temps.

Comme l’explique Primavera de Filippi, chercheuse au Cersa (CNRS) et au Berkman Center for Internet & Society à l’Université d’Harvard, « un smart contract est un logiciel. Au vu de leur appellation, on a tendance à les assimiler à des contrats, mais ils n’ont pas en eux-mêmes d’autorité juridique. Lorsqu’un contrat juridique existe, le smart contract n’est qu’une application technique de ce contrat. »

Une des start-ups les plus intéressantes en matière de smart contracts s’appelle Slock.it. Elle se définit comme la « future infrastructure de l’économie collaborative », ayant pour slogan : « louez, vendez ou partagez n’importe quel objet – sans intermédiaire ». Slock.it vise à rendre certains objets entièrement autonomes : nous pourrions ainsi directement signer des contrats avec eux, sans intermédiaire. La principale piste de travail sur laquelle travaille Slock.it est une sorte d’« Airbnb-killer » : une porte avec laquelle on pourrait interagir directement pour signer un contrat de location, ce qui déclencherait son ouverture et rémunérerait le propriétaire même si celui-ci se trouve à des milliers de kilomètres. Le mini-ordinateur contenu dans la porte irait regarder en temps réel les tarifs pratiqués dans la ville ou le quartier pour proposer à l’utilisateur un prix adapté à l’offre et la demande. Slock.it ne travaille pas seulement sur ce prototype de porte mais sur toute l’expérience client qui en découlerait. Parmi ces pistes de travail : le fait pour l’utilisateur de ne payer que pour l’énergie qu’il a réellement dépensée ; ou encore, la possibilité pour la porte lors du départ de l’utilisateur d’envoyer une demande d’intervention à une équipe de ménage.

De façon plus générale, les smart contracts sont au coeur des applications de la blockchain Ethereum. Même si le projet Rootstock vise à permettre l’implémentation de smart contracts sur la blockchain Bitcoin, le développement de ces smart contracts est pour le moment directement lié au développement d’Ethereum (la prochaine version d’Ethereum, intitulée « Metropolis », correspondra au lancement grand public et devrait permettre aux utilisateurs non-avertis de bénéficier d’une interface utilisateur quasi complète, et notamment d’un « DApp Store » ; on ne connait toutefois pas encore sa date de sortie).

Cet article est issu de l’ouvrage « La blockchain décryptée – les clefs d’une révolution »