Plusieurs cas d’usage sont envisageables dans le secteur de la santé. La blockchain pourrait notamment servir à la traçabilité des médicaments, à la sécurisation des données de santé, et à la gestion des données des patients.

On estime aujourd’hui qu’au moins 10 à 30 % des médicaments fournis dans les pays en développement sont des “faux médicaments”, ce qui pose des problèmes de santé considérables : l’Organisation Mondiale de la Santé estime ainsi à 700 000 le nombre de décès par an provoqués par des médicaments contrefaits. Un moyen de lutter contre ce phénomène serait de créer un système universel garantissant la traçabilité des médicaments. La blockchain, en tant que registre distribué, pourrait permettre aux différentes entreprises pharmaceutiques, aux régulateurs et même aux particuliers d’utiliser la même base de données, sans qu’une seule entreprise ou institution n’en soit propriétaire.

Ce mécanisme de “certification” des médicaments pourrait être étendu aux données de santé au sens large. En certifiant les dossiers médicaux sur une blockchain, on ajoute une couche supplémentaire de sécurité : toute mise à jour d’un document est enregistrée dans la blockchain, sans que les documents eux-mêmes aient besoin d’y être stockés. Il est ainsi impossible pour qui que ce soit (pouvoirs publics, institutions de santé, patients) de “couvrir” un changement dans un dossier médical. Dans cette optique, Guardtime, une start-up spécialisée, a conclu un partenariat avec le gouvernement estonien afin de sécuriser les 1 million de dossiers médicaux estoniens sur la blockchain.

Mais l’application la plus impactante sur le quotidien des patients et des professionnels de santé pourrait concerner la gestion des données médicales, notamment en permettant au patient de se réapproprier ses données et d’en gérer l’accès. Chaque patient pourrait ainsi paramétrer son dossier médical de façon à en autoriser l’accès (total ou partiel) aux personnes de son choix (médecin traitant, famille…). Il pourrait également requérir un certain nombres de signatures (clés privées) pour en ouvrir l’accès. C’est en partie ce qui motive le projet Enigma en cours de développement au MIT.

Prenons une situation concrète, celle d’un patient inconscient après un malaise : il ne peut donc pas débloquer l’accès à ses données médicales. Celles-ci peuvent toutefois être accessibles par l’hôpital, à la condition qu’elles soient débloquées par 3 clés accréditées différentes : celles du médecin de l’hôpital, de l’ambulancier, et d’un parent du malade. Utiliser la blockchain pour ce système garantirait entre autres l’absence d’organe central de contrôle qui pourrait accéder à toutes les données.

En enregistrant par la suite les étapes du parcours de soins dans une blockchain regroupant institutions de santé et assureurs, il serait également possible d’automatiser le paiement des prestations médicales nécessaires, grâce à des smart contracts.

En ayant une vision à plus long terme, il serait même imaginable que les patients puissent anonymement monétiser leurs données auprès des industries pharmaceutiques, permettant à celles-ci d’étudier les résultats de leurs traitements sur une population plus large. De leur côté, les patients seraient automatiquement indemnisés lorsque l’entreprise accèderait aux données souhaitées. A la clef un échange gagnant-gagnant pour les patients qui ont un contrôle accru sur leurs informations comme pour les laboratoires qui pourront préciser leurs recherches avec le traitement d’échantillons statistiques à la fois plus larges et plus pertinents.

Article issu de notre ouvrage « La blockchain décryptée – les clefs d’une révolution»

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