Ethereum, l'ordinateur distribué mondial.

Comprendre Ethereum

Ethereum est considérée comme la blockchain la plus prometteuse en dehors de Bitcoin. Ses créateurs en parle comme du « premier véritable ordinateur global», qui permet de construire sur sa plateforme des applications décentralisées.

Stephan Tual, ancien porte-parole de la plateforme et fondateur de la startup Slock.it, définissait ainsi le rôle d’Ethereum dans une interview au Temps en 2014 : « Ethereum vise à bâtir un Web où les intermédiaires entre les clients et les services qu’ils recherchent n’existent plus. Si je veux, par exemple, conclure un contrat numérique avec vous, pourquoi est-ce que j’aurais besoin d’un avocat pour cela? Mettons-nous d’accord sur les modalités de ce contrat. Dans l’infrastructure d’Ethereum, celui-ci n’est pas modifiable ou falsifiable puisque sa sécurité est garantie par un protocole cryptographique. On s’économise des frais d’avocat tout en gagnant en sécurité. Cette idée peut s’appliquer à d’autres services comme les réseaux sociaux, les sites de financement participatif, eBay, Airbnb… Nous résolvons plusieurs problèmes actuels du Web.»

Quelles différences avec Bitcoin ?

« La blockchain de Bitcoin a été conçue spécifiquement pour des applications monétaires, alors qu’Ethereum permet de créer tout type d’applications » explique le fondateur d’Ethereum, Vitalik Buterin.

Ethereum, dont le code informatique est profondément différent de Bitcoin (il a été écrit en partant de zéro), n’a pas été construit pour concurrencer frontalement Bitcoin : il s’agit plutôt de deux utilisations différentes et complémentaires des technologies blockchains. On notera l’existence de différences idéologiques entre les deux communautés qui les entourent : celle de Bitcoin est plus d’inspiration libertarienne, centrée sur le domaine monétaire (inspirée par les théories de Hayek notamment), tandis que celle d’Ethereum vise plus à créer un nouveau web, décentralisé, plutôt qu’une nouvelle monnaie.

Microsoft justifie du reste ainsi son choix d’utiliser Ethereum pour sa plateforme Azure : « Tandis que Bitcoin a de nombreuses utilisations intéressantes en tant que crypto-monnaie, Ethereum apporte la flexibilité que beaucoup de nos clients recherchent. Ethereum possède une communauté vibrante de développeurs, enthousiastes et ouverts à des applications business.»

En pratique, les participants du réseau d’Ethereum ne se contentent pas de valider des transactions monétaires : ils exécutent du code provenant d’applications décentralisées, dites «Dapps ». Ce code permet en particulier la mise en place de smart contracts, qui constituent le cœur du potentiel d’Ethereum (voir plus bas).

Ethereum fonctionne avec une cryptomonnaie, l’ether, qui a une fonction bien précise : payer l’exécution des smart contracts, dont le fonctionnement peut consommer des ressources importantes. L’ether sert donc à acheter du « gas » (de l’essence) pour faire fonctionner ces contrats ; si vous n’avez plus de gas, le contrat ne tourne plus.

A l’origine d’Ethereum, Vitalik Buterin

Ethereum a été inventé fin 2013 par Vitalik Buterin, un jeune Canadien d’origine russe de 19 ans. D’abord passionné par Bitcoin qu’il découvre à 17 ans, il estime après plusieurs mois de travail que celui-ci est très perfectible…d’où la création d’Ethereum. En juillet 2014, il finalise une toute première version du protocole et lève près de 19 millions de dollars pour financer le projet. Un an plus tard sort la version Frontier, dédiée aux tests des développeurs, qui constitue la phase 1 du développement d’Ethereum.
vitalik
Vitalik Buterin. En 2016 le magazine Fortune l’a nommé parmi les 40 personnalités de moins de 40 ans les plus influentes du monde business
« Il y a finalement peu de différences entre un Vitalik Buterin et un Elon Musk. Ce sont des gens passionnés, qui s’amusent dans ce qu’ils font. Vitalik a quitté l’université, s’est auto-éduqué, et semble parti pour travailler toute sa vie dessus. Dans un contexte où on est confronté à des impératifs de très court terme, il a une sérénité du temps long qui est bluffante. Dans le monde de la technologie contemporaine, c’est très rare»
(Nicolas Loubet dans notre livre « La Blockchain décryptée»)
La DevCon1, grand rassemblement des développeurs et curieux d’Ethereum organisé en novembre 2015 à Londres, a constitué le grand lancement d’Ethereum. Présents sur place, nous évoquions dans notre compte-rendu « une ambiance qui a pu rappeler aux plus anciens l’excitation des premiers meetings « du net » des années 1990».

Début 2016, les choses s’accélèrent. La phase 2 du projet s’est ouverte au printemps 2016 avec le lancement de la version Homestead, les annonces de partenariats d’entreprises se développent (outre Microsoft, le consortium R3 CEV, composée des plus grandes banques rassemblées pour tester les possibilités de la blockchain, a annoncé une expérimentation sur Ethereum), et le cours de l’ether explose.

Au coeur d’Ethereum : les applications décentralisées («Dapps »)

De façon schématique, le code source Ethereum peut être comparé au système d’exploitation d’un smartphone : à partir de ce code, diverses applications, dites Dapps (applications décentralisées), peuvent être développées. Ainsi :

  • UjoMusic veut permettre aux artistes de placer leurs titres sur une blockchain, de définir quelle part de chaque morceau doit revenir à tel ou tel contributeur du titre, et de récolter ensuite les droits d’auteur automatiquement et sans intermédiaire, grâce à des smart contracts.
  • Augur propose une plateforme décentralisée de marché prédictif basée sur la blockchain, utilisant là encore des smart contracts.
  • Transactive Grid veut permettre à chacun de vendre et d’acheter des crédits d’énergie à son voisin, de façon pair-à-pair.
  • Filecoin est un service de stockage cloud décentralisé, qui permet de louer à d’autres utilisateurs l’espace libre de son ordinateur, ou inversement d’acheter de l’espace de stockage sur le réseau Filecoin, de façon décentralisée
  • Golem permettra à chacun de louer la puissance de calcul inutilisée sur ses appareils (ordinateur, smartphone…) pour tout type d’applications (analyses Big Data en recherche médicale, etc.).
  • Etc.

Au-delà des applications décentralisées, Ethereum constitue le socle d’une nouvelle méthode de levée de fonds, fonctionnant avec des cryptomonnaies : les Initial Coin Offering (ICO). Pour en savoir plus sur cette méthode révolutionnaire, nous vous invitons à consulter notre page explicative.

Les smart contracts, un élément central d’Ethereum

Les smart contrats sont des programmes autonomes qui, une fois démarrés, exécutent automatiquement des conditions définies au préalable. Ils fonctionnement comme toute instruction conditionnelle de type « if – then » (si – alors).  Les bénéfices : vitesse accrue, meilleure efficacité, et confiance dans le fait que le contrat sera exécuté comme convenu. Ces programmes sont capables de surmonter les problèmes d’aléa moral, et de réduire les coûts de vérification, d’exécution, d’arbitrage et de fraude. Ils ont de multiples applications, notamment en assurance (lire des exemples d’applications).

L’avantage d’implémenter des smarts contracts dans une blockchain est la garantie que les termes du contrat ne pourront pas être modifiés. Un smart contract qui ne serait pas dans la blockchain serait un programme dont les termes pourraient être changés en cours d’exécution.

Les smart contracts posent des défis juridiques et éthiques majeurs, qu’il s’agisse de responsabilité légale ou de protection des consommateurs, et pourraient constituer un enjeu clé pour les Etats : il est même possible d’imaginer une collecte d’impôts via des smart contracts, ainsi qu’une automatisation des prestations de protection sociale.

What’s next ?

Ethereum est encore en cours de développement et doit être s’améliorer en particulier au niveau de sa sécurité, de sa scalabilité (passage à grande échelle), et de son expérience utilisateur (facilité d’utilisation par tout-un-chacun).

Dans le but de consommer moins d’électricité, Ethereum a également l’intention de passer du proof-of-work (système traditionnel du bitcoin où les blocs sont validés par le mineur qui a la plus grande puissance de calcul) à un système appelé proof-of-stake, moins énergivore, dont les contours restent à définir.

L’écosystème entourant Ethereum s’est fortement développé ces derniers mois, mais nous n’en sommes encore qu’au début : les startups qui construisent des Dapps sont appelées à croître plus fortement encore, et de nouveaux projets émergeront pour des usages sans doute encore impensés aujourd’hui.


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