Un service de covoiturage décentralisé

Arcade City est une plateforme ouverte où conducteurs et passagers peuvent être mis en relation directement, sans intermédiaire. L’idée est de contrer la centralisation des prix fixés par Uber et les 20% de commissions prélevées sur chaque trajet. Un mois après le lancement d’Arcade City mi-février, plus de 1000 trajets ont été effectués dans une centaine de villes aux Etats-Unis (dans 27 Etats différents), ainsi qu’en Australie.

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En novembre dernier, nous vous parlions du projet de La’Zooz ; Arcade City est un projet similaire qui vise lui aussi à utiliser la blockchain pour désintermédier les plateformes de type Uber, mais qui est à la fois bien plus récent que La’Zooz et déjà largement plus avancé.


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A l’origine d’Arcade City : une réglementation municipale anti-Uber

Tout commence en septembre 2015 lorsque la ville de Portsmouth, dans le New Hampshire, décide d’encadrer très sévèrement l’activité des chauffeurs de type Uber au sein de la ville, en imposant notamment aux plateformes plusieurs conditions irréalisables (vérifier le casier judiciaire de chaque chauffeur, prouver qu’il possède les assurances adaptées…), rendant de fait cette activité illégale.

A la suite de cette décision, et après avoir lancé une campagne intitulée « Free Uber », un ancien chauffeur Uber du nom de Christopher David décide de créer sa propre plateforme de covoiturage, basée sur la blockchain : Arcade City. Plus de 3000 chauffeurs s’inscrivent en peu de temps, la plupart d’entre eux étant d’actuels ou d’anciens chauffeurs Uber (ou Lyft, le concurrent).

L’objectif n°1 : libérer les chauffeurs de la fixation unilatérale des prix

« Le talon d’Achille d’Uber et de Lyft est leur management centralisé des prix. Chaque jour les chauffeurs d’Uber doivent se préoccuper de la diminution des prix fixés de façon centralisée au QG d’Uber à San Francisco, ou de la prochaine action coercitive menée par un gouvernement centralisé contre des échanges pair-à- pair. Dans ce contexte, l’attrait de la décentralisation est clair. En décentralisant la décision pour la porter au niveau du chauffeur et du passager, Arcade City libère le chauffeur pour qu’il devienne entrepreneur, et permet au passager d’avoir le contrôle sur l’expérience entière de son trajet» explique Christopher David.

Principes de fonctionnement

La startup permet aux passagers de parcourir en amont les profils des chauffeurs et de choisir le chauffeur souhaité. Les chauffeurs, de leur côté, sont libres de fixer leurs propres tarifs, d’indiquer les moyens de paiement qu’ils acceptent, et d’offrir des services additionnels comme des livraisons ou des assistances routières. Près de la moitié des passagers actuels commandent des courses sur le principe du « payer le prix que vous estimez juste» (image ci-dessous).

L’autre mode de paiement possible est le mode “ludique” qui suit le principe de la “gamification” (d’où le terme “Arcade City”) ; il nécessite un paiement via l’application et offre des bonus et des prix pour améliorer son profil de conducteur ou de passager. Ce mode n’est pas encore suffisamment développé mais Christopher David estime qu’une fois abouti, il deviendra d’ici l’été le 1er mode de paiement sur l’application, ce qui permettra à celle-ci de prendre une commission (de l’ordre de 10% contre 20% à 25% pour Uber), dont la moitié servira à payer le recrutement des chauffeurs et des passagers.

ArcadeCity2

Un développement éclair, une ambition grandissante

Le 20 janvier, Christopher David racontait ceci : « Il y a moins de 2 semaines nous nous sommes fixés un objectif de signer 100 chauffeurs d’ici fin janvier pour nous aider à tester notre application en prévision du lancement prévu pour mi-février. A la place, nous avons reçu en moyenne 100 nouvelles inscriptions quotidiennes. Nous avons dû engager une aide à mi-temps pour nous aider à gérer ce flux. Nous sommes maintenant en train de faire grandir le projet : nommer des leaders régionaux, développer notre team de développeurs, et élaborer une stratégie pour absorber les réseaux d’Uber et de Lyft». Depuis, du chemin a encore été fait, comme expliqué plus haut (le service est désormais présent dans 100 villes aux USA).

Christopher David entend même aller au-delà du covoiturage. « On décrit Arcade City comme un réseau de logistique parce que ce même réseau de chauffeurs peut être utilisé pour offrir d’autres services que le covoiturage. D’ores et déjà certains de nos chauffeurs prévoient d’effectuer des livraisons de nourriture, de courriers, d’assistance routière…Les chauffeurs peuvent offrir ces services dès leur 1er jour s’ils le souhaitent».

Les raisons du choix de la blockchain Ethereum

Arcade City souhaite intégrer la blockchain Ethereum dans son système. Son fondateur ne cache pas ses ambitions : « On veut faire d’Arcade City l’une des premières grandes entreprises ‘mainstream’ d’Ethereum Christopher David justifie ainsi son choix d’utiliser Ethereum : « Nous pourrions certes construire le système d’Arcade City sur une technologie traditionnelle, ou même sur notre propre blockchain. Mais cela nous couperait des autres développeurs qui cherchent à résoudre les mêmes problématiques que nous. Contribuer à l’écosystème Ethereum et en bénéficier va créer de nouvelles opportunités, tel qu’un marché de réputation partagé qui couvrira des industries allant au-delà du champ d’Arcade City. En outre, la cryptoequity permise par la blockchain ne permettra pas au fondateur de gagner autant d’argent que dans le monde traditionnel du capital risque. Il n’y a qu’à voir les 6 milliards de dollars que possèderait le CEO d’Uber. Je ne voudrais jamais voir autant d’argent concentré dans les mains d’une seule personne pendant que les chauffeurs gagnent des clopinettes et ne possèdent aucune part du projet. Le règne des licornes s’achève ; aujourd’hui s’ouvre le temps de la multitude.»

Plus précisément, il explique qu’« Ethereum offre un package global : une plateforme complète doublée d’une forte communauté et d’une gouvernance solide. Plus que tel ou tel aspect technique, le principal facteur de décision a été le fait que la vision d’Ethereum s’aligne précisément avec notre vision du transport pair-à-pair et de la logistique distribuée. On a reçu un soutien extraordinaire jusqu’ici des premiers utilisateurs d’Ethereum ».

Le challenge principal d’Arcade City est selon son fondateur de parvenir à « faire le lien entre deux mondes : le royaume abstrait de la pure décentralisation sur la blockchain, et le vrai monde des régulations, gouvernements, modèles d’assurance dépassés, enjeux de sécurité, vérification du background, service client…Nous essayons de garder un pied dans chaque camp et de les rapprocher.»

Une recherche de financement en accord avec les valeurs du projet

Christopher David souhaite lever un montant de capital nécessaire pour étendre la couverture d’assurance de co-voiturage aux conducteurs : il s’agit selon lui du premier obstacle à lever pour que l’application grandisse. Mais cette levée de fonds devra être en phase avec l’esprit qu’il souhaite donner au projet  : « lever des fonds serait assez facile pour un clone d’Uber qui donnerait juste l’impression d’être plus sympa avec ses conducteurs, en partant du principe que l’entreprise souhaite suivre le chemin traditionnel du capital-risque, jusqu’à une vente ou un IPO. Mais nous ne voulons pas de ça. Nous voulons construire une plateforme ouverte de logistique distribuée, sur laquelle n’importe quel chauffeur, entrepreneur ou startup peut se placer et bénéficier d’un accès immédiat à tout ce que nous aurons construit.»

« Si nous gagnons 2 milliards de dollars de revenus annuel, ils ne serviront pas à remplir les poches des investisseurs : ils seront réinvesti pour nos chauffeurs et pour améliorer l’expérience des utilisateurs. » explique-t-il.

A terme, un service public détenu à 100% par ses utilisateurs

L’idée est qu’à terme, Arcade City ne soit géré ni par une quelconque entreprise ni par l’équipe fondatrice du projet : « il s’agira essentiellement d’un service public maintenu par sa communauté. Comment arrivera-t-on à ce point ? Il faudra probablement un modèle de financement sous forme de jetons [les tokens, éléments indispensables à toute blockchain] qui permette aux conducteurs et constructeurs de l’outil arrivés les premiers d’être récompensés généreusement, pour leur contribution à la croissance du réseau.» Précisément, l’objectif est qu’en 2020, les chauffeurs soient propriétaires à 100% d’Arcade City.

Plusieurs questions restent encore en suspens, pour lesquelles l’équipe n’a pas encore de réponses : « pourrions-nous, ou devrions-nous, crowfunder tout cela en Ether [la devise d’Ethereum] ? Comment devrions-nous structurer ça ? Nous devons interroger la communauté sur ces questions : comment structureriez-vous un Uber décentralisé sur la blockchain Ethereum, qui remplisse toutes les cases cités précédemment ? Qu’est-ce qui vous avez motivé à participer ici et maintenant ?».

Malgré ces interrogations et d’autres obstacles qui restent à résoudre (notamment des questions de réglementation et d’assurance), au vu de sa vitesse de développement et de l’ambition que son fondateur entend porter, Arcade City sera à suivre de très près. Prochains pays où l’application sera déployée : le Canada,  le Mexique et la Suède, d’ici juin. En attendant la France…


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Arcade City

(2 commentaires)

  1. Bonjour,
    En lisant votre article j’ai l’impression que la logique P2P sans intermédiaire se rémunérant au passage est remise en cause avec la possibilité de créer dans la chaine des smart contracts dans lequel on programme un business model permettant de rémunérer l’entreprise ou les premiers fondateurs/participants, comme finalement le fait Uber aujourd’hui.
    La gouvernance, le système d’identité et la réputation sont gérés par les smart contacts modifiables par consensus. Cela signifie t-il qu’avant l’ouverture de la blockchain (donc de l’application) aux conducteurs et aux utilisateurs, ces smart contracts définissent les règles de gestion et le business model qui vient s’ajouter on top du process de rémunération associé au consensus et à la validation des transactions. Ainsi je comprends que les smart contracts définissent une règle « permettant à l’application (je suppose les fondateurs) de se rémunérer en prenant une commission de 10% au lieu des 20% d’Uber »… ou encore de récompenser généreusement les conducteurs et constructeurs de l’outil arrivés les premiers pour leur contribution à la croissance du réseau même si in fine le réseau devrait appartenir à 100% aux chauffeurs.
    J’aimerais mieux comprendre (sans entrer trop dans la technique), les différentes étapes de gouvernance et de business model dans cette application :
    – Quels sont les smart contact d’origine: règle simple de fonctionnement de la gouvernance, de la gestion des identités personnelles des conducteurs et chauffeurs, les pré réquisit s’il y en a pour s’inscrire en tant que chauffeur (vérification automatique d’un permis de conduire, d’une assurance, de la possession d’un véhicule en bon état….)
    – quels sont les smart contrat qui sont appliqués pour gérer chaque transaction entre un utilisateur et un chauffeur (en dehors du paiement de la course, j’ai compris qu’il y a rétribution des personnes qui mettent à disposition la puissance informatique pour chaque transaction soient validées)….
    Avant la validation d’une transaction entre un chauffeur et un utilisateur, y a t-il définition et contractualisation d’un smart contact spécifique entre les 2 parties ? Si oui avec quel niveau de liberté vs le principe général d’Arcade City ?
    Merci à tout ceux qui pourront m’apporter quelques éléments de clarification sur les apports de cette solution basée sur Ehtereum vs une appli traditionnelle

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