Comprendre la technologie Blockchain par la co-création d’un dispositif artistique hybride qui est à la plante ce que l’Android est à l’homme.

Cet article a été écrit à 8 mains pour documenter le processus par Laura Champion, Justine Hannequin, Xavier Lavayssière et Les Usines Louise.

Le 9 avril, lors de la conférence LearnDoSHare Paris, nous avons construit un atelier autour d’une œuvre d’art connectée. Nommée Plantoid, elle permet d’explorer les systèmes autonomes rendus possibles par la blockchain, en mode artistique et expérimental.

Cet atelier visait à appréhender des technologies complexes par le jeu et l’art, et montrer l’importance de la connaissance des outils : la blockchain est toute nouvelle, il y a un enjeu important à nous l’approprier, à la comprendre pour être en position de contributeur plutôt que d’utilisateur ou client. Nous souhaitons porter une voix, proposer des alternatives, des usages…nous ne sommes pas des experts mais des expérimentateurs !

Création initiale du collectif O’KHAOS, en licence CC, interprétée ici par Les Usines Louise, Plantoid crée une collision nouvelle entre des concepts issus de l’art, du droit, de la technologie voire de l’écologie.

Crowdfunding et pollinisation numérique

Tel le touriste à Rome lançant des pièces dans la fontaine de Trévise, ici le visiteur d’une exposition peut envoyer à l’œuvre d’art une donation en bitcoin, participant à son crowdfunding. La Plantoid, une sculpture de métal qui abrite un végétal, émet une vibration en remerciement de cette contribution.

Ce processus de séduction, dans lequel l’œuvre cherche à susciter l’interaction avec le visiteur, est une transposition directe de la pollinisation : séduction d’agents extérieurs et récompense sous forme de nectar permettent la fécondation et la transmission de l’ADN des plantes.

Une fois son objectif de crowdfunding atteint, l’œuvre, système autonome, va prendre des décisions quant à l’usage de son capital. La première sera de lancer un appel à projets pour générer une nouvelle œuvre, via une licence Creative Commons, et transmettre ainsi son « ADN ». La suivante sera de reverser une contribution à la Plantoid dont elle-même est issue, puis à l’artiste qui l’a fabriquée. Enfin, elle pourra dédier une part de son capital à une cause.

Un système autonome et vivant

Cette itération de Plantoid est conçue et réalisée par Les Usines Louise, avec la contribution de Xavier Lavayssière pour le code, et d’Abel Orain pour les objets connectés. Elle inclut un végétal vivant : les deux sculptures de métal abritent de la mousse, introduisant ainsi la notion de survie. Un capteur d’humidité permet à l’une des sœurs Plantoid d’anticiper ses besoins et de demander aux humains un arrosage. L’autre Plantoid, pour séduire les humains, est équipée d’un vibreur qui la fait frémir lorsqu’une transaction arrive dans son wallet bitcoin.

Ces interactions sont gérées par un algorithme. Appelé smart contract, ce code est l’application technique des relations du système. Il est inscrit dans la blockchain Ethereum. C’est cela qui fige sa  composition, assure son exécution dans le temps, et donne une forme  d’autonomie  au système.

Cette autonomie de prise de décisions, et la forme de transmission de sa licence, placent Plantoid dans un nouvel espace en termes de propriété intellectuelle : c’est une œuvre d’art qui s’appartient à elle-même. Elle ne peut être achetée, vendue, ou possédée en tant qu’objet.

Dans la mesure où le système Plantoid se charge de sa propre reproduction, son autonomie permet aussi de le considérer comme un système autopoïétique  (système qui se produit lui-même, en interaction avec  son  environnement) .

Les deux sœurs sont volontairement dépendantes l’une de l’autre, l’une pouvant survivre et l’autre pouvant séduire – construisant ainsi une histoire à venir : est-ce qu’une forme de solidarité va se mettre en place? Une symbiose? Une évolution? …  Clin d’œil en mode storytelling – le credo de LearnDoShare – à la peur inspirée par la blockchain et les DAO.

Une première recherche sur ce projet est documentée ici .

L’atelier chez LearnDoShare

Les Usines Louise, artiste et exploratrice des modes de production collectifs, se prêtait au jeu en apportant deux sculptures, un capteur d’humidité, un vibreur et un principe conducteur pour proposer un atelier en mode hackerspace : on apprend en faisant.

Les participants ont ainsi proposé des évolutions et solutions suite aux prototypages rapides, nous amenant par exemple à faire vibrer une sorte de pistil en haut de la Plantoid. Les intervenants de l’atelier ont fait avancer le prototype vers une nouvelle itération.

Nous avons presque eu le temps de connecter le travail de Xavier qui a créé une adresse bitcoin pour la Plantoid et posé les base d’un smart contract sur Ethereum  avec les informations de sortie du capteur d’humidité et le vibreur connecté par Abel,  l’aventure continue !

Master class smart contracts by Xavier

Au milieu de cet espace lumineux, coloré et entourés de matérialisations physiques de la blockchain, il s’agissait de comprendre les principes et la technologie pour s’approprier les enjeux.

Quelques révisions d’arithmétique, un schéma des blocks au paperboard et voici la petite assemblée équipée pour lire son premier Smart Contract.

Ligne après ligne, avocats, manager et techniciens déchiffraient la transcription numérique d’un rapport humain. Par un exemple concret  peu à peu la technologie abstraite devenait un outil pour répondre à des problématiques humaines.

Le jeu, comme accélérateur d’apprentissage, by Justine & Mourdjen

Au premier abord, les mécanismes des blockchains semblent abstraits, complexes et pas toujours très intuitifs, en bref ils sont plutôt rébarbatifs, et il est souvent difficile de s’y intéresser, de retenir les informations apprises, et surtout, il faut du temps et de la répétition avant d’avoir la sensation que « c’est rentré ».

Il n’est pas nécessaire de comprendre en détail le fonctionnement technique des blockchains pour en utiliser les services. Mais c’est une base pour pouvoir aller plus loin (analyser, évaluer, créer – source : Taxonomie de Bloom – 1956), et aller plus loin, c’est déjà se mettre en « position de contributeur plutôt que d’utilisateur/client. »

La  grande question de l’atelier blocs et jeux ce samedi était donc : « peut-on  découvrir les principes techniques de la blockchain à l’aide du jeu ? »

La définition du jeu pour l’atelier blocs et jeux :

  • une activité sous forme de compétition ou coopétition
  • un ensemble de règles
  • un moment sans risque, la possibilité d’expérimenter

La démarche est Inspirée par le concept des « explorable explanations « , par ailleurs et repose sur la capacité des jeux à faire comprendre les systèmes complexes. Pour jouer à un jeu, il faut comprendre comment il marche, et pour construire un jeu aussi.

Au LearnDoShare, six participants de la communauté du Gamelier et deux animateurs ont testé la démarche pendant quatre heures.  Le dispositif de l’atelier (micro Game Jam) était composé d’une boîte de matériel de prototypage de jeu de plateau (pions, sabliers, plateaux, personnages, cartes…), et la plupart des participants étaient déjà « experts » en création de jeu, mais encore « novices » de la question des blockchains.

Les participants ont assisté à la master class de Xavier juste avant (il avait évoqué les principes fondamentaux, et montré un exemple de code de smart contract), et les 20 premières minutes de l’atelier ont servi à répondre aux questions des participants.

La mission était : « construire un jeu pour expliquer les blockchains », et rapidement, l’imagination des consignes et des dynamiques a fait remonter des questions assez précises sur le fonctionnement du système et les acteurs concernés. Au final, beaucoup de temps a été passé à vérifier les idées de chacun sous le prisme du fonctionnement des blockchains, et un embryon de concept de jeu a été créé. Pour un format de type « construction » il faut prévoir plusieurs ateliers, et une solide documentation d’introduction (compréhension – prototypage – convergence). Par ailleurs, l’atelier sera évalué par un questionnaire de feedback.

(le résumé en image et la consigne ) (Pad pour vous inscrire à l’atelier suivant 🙂 & inscription à la newsletter)

Pouvoir écrire « système autonome économico-artistico-technico-crypto-végétal », et que cela ait un sens concret, n’est certes pas un progrès en tant que tel pour l’humanité. En revanche, cela est nouveau, et provoque la réflexion. Elle est enrichie par de tels ateliers de co-création, par la multiplicité des compétences et des regards croisés.

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Que nous veut la blockchain ? — Open EdTech Découvrir la blockchain au travers du regard d’une designer. MEDIUM

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