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Analyse initialement publiée dans La Tribune

L’avertissement récent d’un développeur clé de la blockchain d’Ethereum rappelle que cette technologie en reste à ses débuts. Pour les entreprises, tester la blockchain est une nécessité, à condition de choisir les bonnes modalités. 

Pour la première fois depuis sa création, la valeur d’un bitcoin a dépassé, il y a quelques jours, celle d’une once d’or. Ce moment historique a été perçu par les partisans de la monnaie virtuelle comme une confirmation, s’il en fallait une, de son potentiel et de celui de sa technologie sous-jacente, la blockchain. Dans le même temps, l’ether, la devise de l’autre grande blockchain publique appelée Ethereum, atteint de nouveaux sommets, portée notamment par l’annonce récente de l’alliance entre une trentaine de géants IT et bancaires (parmi lesquels Microsoft, Cisco, JP Morgan…) autour d’un nouveau consortium appelé « l’Enterprise Ethereum Alliance ».

La mise en garde de Vladimir Zamfir

Au milieu de cette euphorie, une voix dissonante s’est pourtant fait entendre dans l’écosystème blockchain : celle de Vladimir Zamfir, l’un des développeurs clés de la Blockchain Ethereum. De ce mathématicien chercheur, en charge de la conception du futur algorithme d’Ethereum, on aurait pu s’attendre à un certain optimisme, caractéristique d’une communauté souvent sûre de son action et du potentiel gigantesque de sa technologie.

Mais il y a quelques jours, Vladimir Zamfir a surpris, en postant tout de go sur Twitter : « Ethereum n’est ni sûr ni scalable. C’est une technologie expérimentale et immature. Ne vous y fiez pas pour des missions d’applications critiques à moins d’absolue nécessité ! ». Les mots sont forts et inquiètent certains. Il prend le temps de s’expliquer le lendemain, dans un post de blog. Il confie se sentir « préoccupé par la façon dont tout pourrait se terminer affreusement, avec l’impression d’être dépassé ». « Quand la communauté s’agrandit, quand la valeur de l’ether monte, quand plus d’entreprises se fient à Ethereum (…) je me sens de plus en plus stressé », ajoute-t-il.

Une alerte sérieuse ? Plutôt une prise de conscience, nécessaire, de la responsabilité qui pèse sur la communauté blockchain et notamment celle d’Ethereum, sur laquelle les attentes sont très fortes (signe parmi d’autres : le fondateur d’Ethereum, Vitalik Buterin, a été nommé l’an dernier par le magazine Fortune parmi les 30 personnalités business de moins de 40 ans les plus influentes au monde, aux côtés de personnalités comme Emmanuel Macron).

Son témoignage montre aussi une lucidité bienvenue, voire (paradoxalement) rassurante de la part d’un membre important de l’écosystème, sur l’immense travail qui reste à fournir pour réaliser les promesses de « web 3.0 » annoncées. Garder la tête froide est un impératif. Ethereum ne peut pas se permettre le risque d’une deuxième affaire TheDAO, du nom de ce projet ayant levé l’an dernier l’équivalent de plus de 160 millions de dollars avant d’être victime d’un piratage retentissant. Les polémiques qui avaient suivi ce piratage avaient été très vives, et, aux dires de suiveurs bien informés dans la communauté, les plaies ont mis du temps à se refermer en interne.

Dans tous les cas, le message est passé : en matière de blockchain, il faut prendre garde à tout vague d’euphorie déraisonnée. Pour autant, cela ne signifie pas qu’il est trop tôt pour tester la technologie – au contraire. Pour les entreprises, expérimenter à budget raisonnable reste une nécessité pour avancer sur le sujet et ne pas se laisser dépasser par des concurrents plus innovants. Tester la technologie reste le seul moyen de savoir ce qu’elle permet réellement – et ne permet pas – vis-à-vis de ses propres besoins métiers. Afin d’expérimenter sans risque, une des clefs est de jouer sur l’éventail des blockchains. Ethereum n’est qu’une des options parmi d’autres : de la blockchain Bitcoin, aujourd’hui de loin le plus robuste des systèmes publics, aux blockchains privées, parfois plus adaptées à certains cas d’usage business, les possibilités sont larges. Et la compétition est forte entre les différents systèmes.

« De nombreux talents très brillants travaillent dur pour rendre Ethereum plus sûr. […] Je suis optimiste » prend tout de même soin de préciser Vladimir Zamfir à la fin de son billet. Une précision bienvenue car dans le même temps, par exemple, le consortium formé autour de la blockchain Hyperledger, actif notamment grâce aux efforts d’IBM, et jusqu’ici assez en retard dans son développement par rapport aux autres protocoles, avance lentement mais sûrement.

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