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Et si les technologies blockchain pouvaient transformer l’industrie du tourisme ? Alors que ces technologies ont été jusqu’ici avant tout testées en finance, en logistique ou encore dans le secteur de l’énergie, certains acteurs du monde du tourisme estiment qu’ils pourraient eux aussi en bénéficier. C’est en ce sens, par exemple, que les autorités publiques d’Hawaï ont annoncé début 2017 la création d’un groupe de travail afin « d’explorer l’usage de la blockchain pour faciliter la consommation de produits et services locaux et dynamiser l’économie touristique ». Cette initiative est notamment portée par le constat qu’une grande partie des touristes d’Hawaii sont originaires d’Asie, où l’usage du bitcoin se développe rapidement.

Ce qui est valable ici à Hawaï l’est aussi pour de nombreuses autres destinations touristiques. Les enjeux ne sont pas négligeables : le secteur du tourisme et des voyages compte parmi les industries les plus importantes au monde, générant directement et indirectement 9% du PIB mondial et un emploi sur 11, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme rattachée à l’ONU. A cela s’ajoute la croissance soutenue du nombre de touristes internationaux, appelé à croître de 1,2 milliards en 2016 à plus de 1,8 milliards en 2030 (+ 50%).


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Pour présenter les synergies possibles entre blockchain et tourisme, nous prendrons ici le cas de Monsieur X., qui part en vacances à l’étranger dans un monde où la blockchain est utilisée de manière quotidienne.

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– PARTIE 1 : EN AMONT DU VOYAGE –


-Les programmes de fidélité : une gestion transparente pour le consommateur et rationalisée pour l’entreprise

Le périple de Monsieur X.

X a choisi sa destination de rêve. Il décide donc de réserver ses billets d’avion sur le site de la compagnie Fly & Co. Une fois sa transaction effectuée, des points de fidélité lui sont alors crédités sous forme de jetons de cryptomonnaie, qui peuvent être dépensés chez tous les membres du réseau de fidélité blockchain de Fly & Co.

Situation aujourd’hui

Aujourd’hui, la situation est simple : les programmes de fidélité sont sous-utilisés par les consommateurs et engendrent des coûts de gestion relativement élevés. Bernard Duflos, directeur conseil chez Novedia, parle même d’un « désenchantement des programmes de fidélité ».

Pour preuve, d’après Colloquy, entreprise de marketing de fidélité :

  • En moyenne, un foyer américain est inscrit entre 19 et 29 différents programmes de fidélité et ne se sert en moyenne que de 5 à 12 d’entre eux
  • Les utilisateurs actifs ont diminué de 2 à 3 % par an depuis 2010
  • Près de 50% des points de fidélité, représentant 50 milliards de dollars, ne sont jamais utilisés, ce qui oblige les entreprises à intégrer des provisions nécessairement conséquentes dans leur comptabilité. Il est donc difficile de savoir combien de points il y a en circulation.

En somme, on constate d’une part un désaveu des consommateurs et d’autre part une gestion difficile et coûteuse pour les entreprises.

Ce que la blockchain permet     

La blockchain permet de simplifier et rationaliser l’ensemble du processus pour toutes les parties prenantes. Elle peut en effet transformer le point de fidélité en monnaie virtuelle créditée immédiatement après l’achat et pouvant être utilisée chez tous les membres du réseau, ce qui ouvre ainsi la voie à une interopérabilité des différents programmes. De cette façon, les points de fidélité engrangés chez une compagnie aérienne peuvent être réutilisées auprès d’une chaîne d’hôtels. Les points de fidélité deviennent alors purement et simplement un moyen de paiement alternatif dont il est très facile de connaître le montant en circulation et provisionner en conséquence. Cela étant, il faut noter qu’avec un tel système la fidélisation à une marque spécifique (qui est une raison d’être importante des programmes de fidélité) tend à s’effacer. Ces programmes rempliraient donc un rôle différent et complémentaire des programmes de fidélité traditionnels.

-La réservation en ligne : un système fiabilisé et automatisé

Le périple de M. X

La réservation de ses billets d’avions effectuée, M. X s’attelle à la question de son hébergement. Une fois son hôtel choisi, Housing Inc., il se rend compte qu’il peut le réserver en utilisant les points de fidélité qu’il a reçu en échange de la réservation de ses billets d’avions : Housing Inc. est en effet membre de la blockchain de fidélité de Fly & Co.

  1. X est très satisfait car il a réduit le prix de sa réservation et a pu utiliser ses points de fidélité. Quant à Fly & Co, la compagnie aérienne, elle a pu suivre en temps réel les points de fidélité en question et provisionner en conséquence son passif comptable.
  2. X réserve donc son hôtel de manière classique…en apparence : de l’autre côté du système informatique, une blockchain gère la transaction.

Situation aujourd’hui

Comme le rapporte Webjet, plateforme australienne de réservation hôtelière, chaque jour plusieurs millions de transactions d’hébergement sont effectuées dans le monde. Or le marché peut être sujet à des erreurs, des contradictions en raison du volume important de réservations transitant à travers de nombreux systèmes et intermédiaires (la plateforme de réservation, le système de réservation de l’hôtel, le système comptable de l’hôtel, etc.). Il est estimé que 5 à 10 % des réservations sont victimes d’erreurs de ce type, soit jusqu’à 10 milliards de dollars par an.

Ce que permet la Blockchain

La blockchain ainsi que l’utilisation de smart contracts permettent de résoudre de manière autonome les erreurs inhérentes au système. C’est tout le sens du Proof-of-concept (PoC) réalisé par Webjet et Microsoft en novembre 2016, qui présente 3 intérêts :

  • Eliminer les erreurs de données, permettant à chaque partie d’être payée au bon montant, tout en améliorant l’expérience client grâce à la certitude que les réservations ne soient pas perdues ou incorrectes
  • Rationnaliser le processus de paiement, permettant d’automatiser les phases du processus et ainsi de réduire les coûts, grâce aux smart contracts
  • Améliorer la sécurité des données et ainsi éviter les fraudes

Un défi clef pour passer cette expérimentation en production est la scalabilité, c’est-à-dire réussir à gérer plusieurs millions de transactions de façon rapide. Ce défi n’est toutefois pas spécifique à ce cas d’usage : c’est celui des blockchain publiques de façon générale, et plusieurs grands projets en cours, comme le protocole Lightning Network pour Bitcoin, travaillent à surmonter cette limite.

– PARTIE 2 : TRANSPORT –

-Gestion des identités administratives : simplification et rapidité

Le périple de M. X

Le jour J, M. X se rend à l’aéroport et se présente à l’enregistrement. Au préalable, M. X a enregistré son passeport ainsi qu’un selfie sur une application de certification d’identité. A l’enregistrement, un automate certifie que le M. X qui se présente devant lui correspond bien aux données biométriques ainsi qu’au selfie enregistré sur son portable. Avec cette certification ajoutée sur son portable, M. X peut enregistrer son bagage, passer les contrôles d’immigration, rejoindre son espace voyageur en montrant son application, sans avoir à présenter systématiquement ses documents de voyage.

La situation aujourd’hui

La gestion des identités aux aéroports est rébarbative pour toutes les parties prenantes :

  • Pour l’individu qui doit présenter son passeport, son visa, sa carte d’embarquement, etc.
  • Pour l’industrie qui fait face d’une part à un niveau de maturité différent selon les pays et d’autre part à une progression rapide du nombre de voyageurs aériens (qui est appelé à doubler dans les 15 prochaines années : 3,6 milliards en 2016 contre plus de 7 milliards prévus en 2030), entrainant un risque d’engorgement et des difficultés à gérer des aéroports avec les structures actuelles.

Ce que permet la Blockchain

Face à ces problématiques, la société américaine d’IT intitulée SITA, spécialisée dans l’industrie aéronautique, s’est associé à la start-up ShoCard pour développer une application mobile de gestion des identités utilisant la blockchain pour simplifier les contrôles aux aéroports.

Grâce à l’utilisation de la blockchain pour garantir la véracité d’informations biométriques et grâce à des techniques de reconnaissances faciales, l’application permet à la fois de rationaliser les contrôles d’identité pour les compagnies aériennes ainsi que la gestion des données en temps réel dans l’aéroport.

Techniquement, à l’aide de l’application ShoCard, l’utilisateur/voyageur prend en photo son passeport, notamment la MRZ (Machine-Readable Zone, présente sur un certain nombre de documents officiels), et prend un selfie. Ces données sont ensuite cryptées et un hash en est généré, stocké sur la blockchain. Au moment de l’enregistrement, un automate ou un agent qualifié certifie que l’utilisateur est bien celui qu’il prétend être. Si cette étape de certification est validée, elle est inscrite sur la blockchain. L’utilisateur se voit alors remettre un token final pour toute la durée du voyage qui peut être présenté au moment d’autres contrôle d’identité, du passage au service d’immigration, des transferts, l’accès à des salles lounge spécifique, etc. En présentant ce token, l’agent de contrôle peut comparer le selfie certifié sur la blockchain et l’utilisateur, et donc vérifier l’identité de la personne. En somme, n’importe quel appareil connecté au système de la compagnie aérienne peut vérifier l’identité de l’utilisateur simplement via la présentation de ce token.

Les avantages de la blockchain ici sont clairs : une rationalisation du processus d’identification qui permet un service plus rapide et rend caduque la nécessité de présenter ses documents de voyage à chaque étape. A terme, ce système promet un désengorgement des services de contrôle.

-Gestion automatisée des assurances

Le périple de M. X

X est contrarié car son avion est arrivé à destination avec 30 minutes de retard. Mais en regardant son portefeuille de cryptomonnaie, M. X se dit que la situation n’est pas grave, puisqu’il avait souscrit à une assurance et que celle-ci l’a déjà dédommagé.

La situation aujourd’hui

Lorsqu’un vol est en retard et qu’une assurance avait été souscrite en amont par l’assuré contre ce risque, les formalités d’indemnisation sont fastidieuses pour chaque partie prenante : l’assuré doit remplir des formulaires, présenter des justificatifs, etc., et l’assureur doit traiter ces demandes. Conséquence : plus de 60% des assurés ne réclament pas leurs indemnités.

Ce que la blockchain permet

En automatisant l’exécution des contrats, les smart contracts permettent aux assurés comme aux assureurs de s’émanciper des phases déclaratives : formulaires, réclamation, vérification, déclenchement de l’indemnisation… La blockchain ouvre la voie à une diminution des coûts de structure tout en fiabilisant et en accélérant les processus de décision. A terme, cela générerait surtout une plus grande satisfaction des assurés via la mise en place de nouveaux services plus intuitifs et plus rapides. C’est ce que permet notamment etherisc.com.

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– PARTIE 3 : SUR PLACE –


-Aider à guider les touristes grâce à la gamification : rendre leur visite plus ludique et les aider à découvrir de nouveaux lieux

Le périple de M. X

X souhaite visiter les lieux phares de la ville ou région où il passe ses vacances. Pour les découvrir, il se connecte sur une application qui lui indique les lieux jugés les plus adéquats en fonction de son mode de vie et de ses préférences. Ce faisant, chaque visite de lieu est récompensée automatiquement par un montant en cryptomonnaie qu’il peut dépenser chez des partenaires internationaux (grandes enseignes, etc.) ou locaux.

La situation aujourd’hui

De nombreux touristes visitent des villes ou régions célèbres tout en passant à côté de certaines visites, moins médiatiques et populaires.

Ce que permet la blockchain

C’est ce qu’essaie de développer l’entreprise new-yorkaise Loyyal. A Dubaï, Loyyal construit des « Dubaï Points » qui fonctionneront avec la blockchain et des smart contracts. Son co-fondateur explique ainsi l’idée du projet : «de nombreux touristes à Dubaï passent à côté de certaines visites historiques ou culturelles sur la ville. Les Dubaï Points permettront de les inciter à visiter des lieux moins souvent cités dans les guides, qui pourraient être plus adaptés à leurs préférences, en les récompensant avec des points pendant leur visite ». Les points seront gagnés et rachetés dans les lieux participants, en fonction du style de vie du touriste, mesuré par des données comme l’heure de la journée, le lieu, l’âge, les comportements précédents, etc. La blockchain permettra notamment de faciliter l’authentification de l’identité des utilisateurs et d’automatiser les transactions de points. L’entreprise travaille aussi pour la Norvège pour laquelle elle développe un système similaire, financé en partie par le gouvernement norvégien.

-Traçabilité des produits locaux : gage de qualité

Le périple de M. X

M. X est très satisfait : grâce à l’application dédiée, il a découvert plusieurs lieux atypiques. Toutefois, ses vacances touchent à leur fin, et il n’a pas encore acheté de souvenirs comme il le fait d’habitude. En quête d’authenticité, il souhaite acheter des produits locaux, et se rend pour ce faire dans une boutique artisanale où il repère un objet qui lui plait. Il effectue alors un scan du QR code mis à disposition et vérifie par lui-même que l’objet a bien été produit localement.

La situation aujourd’hui

Il est aujourd’hui difficile de déterminer pour le consommateur si le produit qui l’intéresse est véritablement fabriqué localement et respectueux des normes. Il arrive par exemple que des vendeurs peu scrupuleux appliquent une étiquette made in local sur des produits en provenance de pays lointains à bas coût de production.

Ce que permet la blockchain

La blockchain permet une meilleure traçabilité, un suivi quasi instantané et une meilleure gestion de la chaîne d’approvisionnement, qui pourraient bénéficier à la consommation locale, notamment vis-à-vis des dépenses touristiques. Provenance, une start-up londonienne, a développé comme solution en ce sens. Elle met en avant cet objectif de traçabilité et de consommation éthique, mis en place par exemple pour des artisans anglais tel que Elvis & Kresse, créateur et fabricant de sacs de voyage ou encore pour Anima, une marque de mode féminine en Amérique du Sud. Cette utilisation de la blockchain permettrait de remettre le producteur local au coeur de la scène touristique et ainsi de dynamiser les écosystèmes locaux. D’autres startups travaillent sur des projets proches : ainsi Skuchain entend tracer l’historique logistique d’un produit, sa provenance et son circuit de distribution, et Block Verify vise à permettre notamment l’identification de produits contrefaits ou volés.


– FIN DU VOYAGE –

C’est la fin des vacances pour Monsieur X. Nous l’avons vu : la blockchain permettrait de rationaliser, sécuriser et faciliter les voyages, ainsi qu’aider les acteurs du tourisme de bout en bout de la chaîne, et ce pour toutes les parties prenantes (le consommateur, l’entreprise et les pouvoirs publics). Il faut bien sûr prendre garde à tout « solutionnisme technologique » et ne pas sous-estimer l’ampleur des défis à surmonter avant de voir ces applications se réaliser en pratique. Du reste, nous n’avons pas fait mention ici des projets plateformes décentralisées de réservations, parfois surnommées « Airbnb killer », qui affranchiraient le client et l’hôtelier des commissions prélevées sur chaque transaction : ces idées sont spectaculaires mais restent très prospectives, et butent sur les questions de responsabilité et de gestion des incidents imprévus que les plateformes comme AirBnb gèrent aujourd’hui.

Néanmoins, en fonction des cas d’usage -certains étant plus prospectifs que d’autres-, la blockchain présente bel et bien de sérieux atouts pour moderniser le monde du tourisme. Il ne reste désormais plus qu’à expérimenter ces opportunités pour en valider ou non la pertinence, les acteurs précurseurs étant les plus à même de s’imposer par la suite.


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