La blockchain va profondément changer les sciences sociales, et l'Histoire en particulier.

Ce que la blockchain changera aux sciences sociales

Appelée à remettre en cause la finance, la politique ou simplement dans la vie quotidienne, la technologie blockchain promet également bien des changements aux sciences sociales. On peut ainsi s’interroger sur une autre portée de cette technologie : donner à l’humanité la première trace historique infalsifiable.

Les sources sont la base de notre travail en tant qu’historiens. Sans source, pas d’Histoire possible. Or, le travail sur les sources se confronte à trois principaux problèmes: leur datation, leur fiabilité, et leur fragilité.

Premièrement, la problématique de la datation. Régulièrement, des traces sur lesquelles des historiens travaillent se révèlent être plus récentes que ce que l’on pensait. Parfois, mais plus rarement, elles peuvent se révéler plus anciennes. Le nombre de documents produits des décennies, voire des siècles après leur date supposée est immense. Ceci complique donc énormément le travail des historiens. La datation au carbone 14 et le travail des philologues, spécialistes de l’étude des textes anciens, a permis dans ce domaine des pas de géant. Mais ce problème de datation existe aussi pour des traces plus récentes, comme les photographies et les séquences filmées. Ainsi, en ce qui concerne l’histoire de la Première Guerre mondiale, plusieurs documentaires utilisaient de prétendues images d’archive. En réalité, elles se sont avérées être des extraits de films de l’entre-deux-guerres.

La seconde problématique est celle du faux historique. Un faux historique est un document que l’on a falsifié. Il s’agit souvent d’iconographies ou de textes. En effet, même si une photographie, par exemple, a bien été prise au moment indiqué, elle a pu par la suite être truquée. Le célèbre exemple des retouches des photos officielles décidées par Staline après sa prise de pouvoir l’illustre amplement. Le développement de nombreux logiciels de retouche photo et vidéo ces dernières années ne fait qu’amplifier le phénomène.

blockchain-histoire
Exemple de disparition de Léon Trotsky des photos officielles

Troisième problématique, la fragilité des traces. Nous avons perdu d’immenses sommes de connaissances au cours de l’histoire. La raison en est simple : le medium d’écriture, une plaque d’argile, un papyrus, un parchemin, ou du papier, est extrêmement fragile. Que ce soient les incendies, les destructions ou plus simplement la réutilisation d’un matériau utile, nous avons beaucoup perdu. Même si la sauvegarde est désormais plus aisée avec l’avènement des banques de données informatiques, celles-ci peuvent toutefois elles aussi connaitre la destruction, ou bien la manipulation.

La blockchain va faciliter et fiabiliser le travail de l’historien

Et c’est là que la technologie blockchain intervient. Son protocole de transmission d’informations forme une véritable base de données décentralisée. La technologie blockchain permet de fiabiliser l’information, puisqu’une fois inscrite dans le registre numérique, dans la fameuse “chaine de blocs”, l’information ne peut pas être écrasée. Pour être modifiée, il faudrait que plus de la moitié des participants du système blockchain soient d’accord. Au vu de l’échelle sur laquelle la technologie fonctionne, c’est une éventualité possible mais hautement improbable. Dans ce registre, l’information est datée. Par conséquent, on connait la date exacte de la future source, sans erreur possible.

Imaginons donc la source historique du futur : une source infalsifiée, datée de façon extrêmement précise, qu’il ne reste plus qu’à analyser. Plus besoin de travail de longue haleine pour découvrir quand elle a été produite : la technologie blockchain s’en occupe. Plus besoin d’analyse poussée pour essayer de deviner s’il ne s’agit pas d’un faux créé deux siècles après sa date supposée. Les historiens pourront se consacrer purement à l’étude de la source. On obtiendra ainsi une histoire plus proche de la réalité. Ou du moins, une histoire construite de manière moins fastidieuse.

Il ne faut pas croire que cette technologie va résoudre tous les problèmes de l’historien. La technologie Blockchain n’est pas une certification historique. Des faux peuvent très bien être inscrits dans la base de données. La technologie blockchain certifie seulement que le document n’a pas été modifié après insertion, pas avant. Mais cela reste un énorme progrès pour la fiabilisation des sources historiques.

De même, pour les historiens, l’écrasante majorité des sources est et restera longtemps des sources écrites et matérielles. Blockchain ne bouleversera pas la façon de faire de l’histoire du jour au lendemain, ni même d’ici dix-vingt ans. Mais peut-être qu’un jour nos lointains descendants se tourneront vers ce moment de l’histoire et décideront que le passage à la banque de donnée sûre que constitue la blockchain est l’équivalent, ou bien le petit frère, de l’ajout de la source écrite à la source orale.

Par Romain Bouret, enseignant en histoire-géographie

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