Une commission d’enquête du Congrès de la Chambre des députés argentine a conclu que le président Javier Milei avait utilisé sa position officielle pour promouvoir le jeton LIBRA, selon un rapport final présenté après une enquête de plusieurs mois.
Le corps législatif, composé de députés opposés au gouvernement, a également mis en cause sa sœur, Karina Milei, pour avoir organisé des réunions et facilité l’accès au palais présidentiel en lien avec l’initiative numérique.
Le document parlementaire qualifie l’opération de prétendue manœuvre frauduleuse internationale. Il indique que la publication par le président du contrat d’achat du token sur son compte X a été un facteur déterminant pour légitimer le lancement de l’actif le 14 février.
Le rapport décrit un modèle opérationnel commençant par une concentration initiale de jetons, suivie de l’approbation d’une personnalité publique attirant les acheteurs, et se terminant par un retrait massif de liquidités par les développeurs – un système connu sous le nom de « rug pull ».
L’analyse de la commission précise que 114 410 portefeuilles numériques ont enregistré des pertes financières. Parmi celles-ci, 498 adresses ont perdu plus de 100 000 dollars américains et 3 144 autres ont subi des pertes comprises entre 10 000 et 100 000 dollars. En revanche, seules 36 adresses ont réalisé des bénéfices substantiels. Les législateurs ont souligné que l’État argentin n’avait procédé à aucune évaluation du projet avant que la présidence n’en fasse la promotion publique.
Le rapport examine également les relations entre les personnes directement impliquées dans le lancement : l’homme d’affaires américain Hayden Davis et les citoyens Mauricio Novelli et Manuel Terrones Godoy.
Il précise que le Secrétariat général de la présidence, sous la direction de Karina Milei, a autorisé l’accès de ces personnes au bâtiment gouvernemental. L’enquête s’est heurtée à des résistances, plusieurs députés ayant signalé un manque de coopération de la part des responsables du pouvoir exécutif.
Le ministre de la Justice Mariano Cúneo Libarona, le chef du Bureau anti-corruption Alejandro Melik et l’ancienne chef de l’unité d’enquête LIBRA, Florencia Zicavo, seront officiellement dénoncés pour non-coopération.
Développements judiciaires et mesures conservatoires
La réponse du parti au pouvoir a été immédiate. Les députés de La Libertad Avanza ont qualifié le travail de la commission d’excès parlementaire dépourvu de fondement juridique, affirmant qu’elle avait agi de manière arbitraire et que ses conclusions visaient à affronter le système judiciaire plutôt qu’à le compléter.
Les législateurs de l’opposition, dans leurs conclusions, préviennent que le président aurait violé les règles d’éthique publique et brouillé les frontières entre les intérêts privés et les fonctions de l’État.
Parallèlement à l’enquête parlementaire, la justice fédérale a fait valoir sa propre cause. Le juge Marcelo Martínez de Giorgi a ordonné le gel des avoirs de Hayden Davis, l’un des créateurs de LIBRA.
La mesure conservatoire vise à sécuriser les fonds estimés entre 100 et 120 millions de dollars liés à la fraude présumée. Ce gel empêche tout transfert ou mouvement d’actifs et vise à bloquer d’éventuelles routes de fuite des capitaux.
